«L’amour dure trois ans», le plaisir un peu moins à La Bastille
L’affiche du film nous l’annonce. L’Amour dure trois ans est le meilleur de Frédéric Beigbeder. La production ne s’avance pas trop, il s’agit de son premier. Cet amusant clin d’œil donne surtout le ton. Le long métrage de l’écrivain est une comédie romantique où l’humour et l’ironie prennent le pas sur l’émotion.

Le plaisir de la vie mondaine et des soirées volera en éclat face au grand amour. Photo : EuropaCorp Distribution.
Inspiré du livre du même nom et du même auteur, L’Amour dure trois ans s’intéresse à Marc Marronnier, un trentenaire mondain, critique littéraire et chroniqueur de la nuit parisienne. Alors que son couple est passé de la passion à l’ennui quotidien, il divorce d’Anne et en profite pour écrire un roman sur le côté éphémère des relations amoureuses. Il y livre ses pensées désabusées sur le couple. L’œuvre fonctionne auprès du public. Pas de chance, entre temps il a eu le coup de foudre pour Claire et sa vision cynique révélée aux yeux du monde risque quelque peu de gâcher la tableau idyllique qui se met en place.
Difficile de ne pas voir Frédéric Beigbeder derrière ce rôle principal. L’aspect branché, narcissique et sarcastique du réalisateur se retrouvent dans son héros. Gaspard Proust s’en tire plutôt bien et interprète le rôle comme il faut. Le problème, c’est que ce personnage est à la limite du supportable. Bien sûr, la part de dérision est grande et Frédéric Beigbeder joue de son image. Mais il est de ce fait difficile de croire dans ses sentiments et de se passionner pour ses mésaventures.
Louise Bourgoin, elle, apporte de la sensualité, du charme et de la pertinence au film. À leurs côtés, on retrouve tout un tas de personnages médiatiques amassés sans réel intérêt (Nicolas Bedos, Joey Star, Michel Denisot, Thierry Ardisson…). Le meilleur rôle est finalement celui de Valérie Lemercier, géniale en éditrice au franc-parler savoureux. Malheureusement, on la voit trop peu.

L'histoire d'amour entre les deux héros n'est pas des plus touchantes. Photo : EuropaCorp Distribution.
Sympathique mais inconsistant
Les sentiments décrits passent finalement assez largement au dessus du spectateur. L’émotion ressentie est infime et l’on ne s’attache que peu aux histoires sentimentales des protagonistes. Pour autant le film n’est pas mauvais. Souvent amusant, il reste agréable à regarder. Quelques bonnes idées cinématographiques donnent aussi du crédit à ce long métrage auquel on ne peut reprocher sa personnalité.
Frédéric Beigbeder joue au maximum la carte de l’ironie et de l’auto-dérision. Il se moque de son milieu, du libertinage mondain et du cynisme intellectuel en transformant son héros en romantique passionné. Sympathique, mais trop inconsistant. S’il est reproché à l’amour de ne durer que trois ans, ce film risque néanmoins de rester dans les mémoires encore moins de temps. Comme son sujet, le plaisir qu’il dégage est réel mais volatile. Finalement, il ne sera peut-être pas le meilleur de son réalisateur si ce dernier retente l’expérience.
Yann Riou
L’Amour dure trois ans, de Frédéric Beigbeder (1h38). Sorti le 18 janvier 2012.
Avec Louise Bourgoin, Gaspard Proust, Joey Starr.
Au cinéma La Bastille – 5, rue du Faubourg Saint-Antoine, 75011 Paris.
Tous les jours à 11h30, 14h, 16h, 18h, 20h, 22h.










